“Les hommes morts nus ne feront qu’un
avec l’homme sous le vent et la lune de l’ouest.
Quand leurs os séparés seront propres et leurs os propres partis
ils auront des étoiles aux pieds et aux coudes
bien qu’ils deviennent fous ils seront raisonnables
bien qu’ils soit perdus dans la mer ils s’élèveront encore
bien que les amants soit perdus l’amour ne l’est pas
et la mort n’aura pas d’empire“
Traduction de la première strophe du poème de Dylan Thomas - la mort n’aura pas d’empire
Jane vise la place du conducteur, la première décharge de chevrotine, brise le par-brise et vient exploser le crâne du père, sa femme hurle avant que la deuxième décharge ne la fasse taire elle aussi. Les enfants à l’arrière restent pris au piège dans la voiture transformé en mare de sang. John prend le bidon d’essence et en répand un peu partout, ils s’éloignent avant que Jane n’ouvre à nouveau le feu sur la caisse, la transformant immédiatement en un formidable brasier. Ils embarquent dans leur voiture et se remettent à rouler vers l’est. La lueur de l’incendie apparaît dans leur rétroviseur comme un étrange point orangé dans un univers obscur.
- Tu as peur ?
- Non, et toi ?
- Non plus… Tu sais qui si ils nous choppent, y aura pas de prison pour nous Jane.
- Je sais.
- Et ils vont nous chopper.
- Oui j’imagine.
- Mais on se battra quand même.
- Oui on se battra quand même.
Ils se sont trouvés un motel sur la route, ils viennent de faire l’amour, et restent là enlacés nus dans les bras de l’autre. Jane est allongée sur le dos et contemple le plafond, ses longs cheveux noirs forment une auréole autour de sa tête. John est agrippé à elle. « Tu sais ce qui me dérange ? » lui-demande Jane.
- Quoi ?
- Je ne ressent rien. Je pensais que tuer la famille parfaite, le père la mère le fils et la fille ça me ferais quelques chose. Mais je ressent rien…
- Moi non plus.
- Tu crois qu’on est mort ?
- Je sais pas, mais on le sera dans pas longtemps.
Ils s’endorment là, tendrement, et sans qu’ils ne s’en rendre compte, le jour commence à paraître.
Lorsque Jane se réveille vers midi, la radio était allumé. On y parle de la nuit dernière… d’un crime terrible, de corps d’enfants calcinés…
« Ils faut qu’on y aille bébé. Les flics vont venir enquêter par là. » lui dit John en éteignant la radio. Ils se rhabillent rapidement, payent la réception et reprennent leur voiture.
Ça faisait quelques heures qu’ils roulaient quand deux motos de la police les arrêtent en les sommant de se ranger sur le bas côté. Une fois arrêté le premier flic descend de sa moto et demande à John de baisser sa vitre. Il s’exécute. Quand le flic lui demande ses papiers, John se penche, ramasse son flingue sur le sol, le pointe sur l’agent et tire deux balles successivement, une qui vient se loger au niveau de la poitrine et une dans la tète, de son coté Jane s’empare de son fusil de chasse et tire une décharge sur l’autre encore sur sa moto. Il s’écroule avec son véhicule dans un long râle. Les deux amants sortent du véhicule et s’approchent du corps hurlant de douleur, la décharge est partit dans son bas ventre. L’Homme à terre les supplie. John lui enlève son casque et Jane l’achève d’une cartouche dans la tète, il n’en reste presque plus rien. Ils repartent dans la voiture et roulent vers un nouveau motel.
Arrivé dans leurs chambres ils s’embrassent. « Ça va arriver quand tu penses ? » lui demande Jane, inquiète.
- Surement ce soir ou demain matin.
- Très bien… alors embrasse moi encore mon amour.
Il l’embrasse à nouveau et poursuit : « Jane ? »
- Oui ?
- J’ai peur.
Le soir vient, ils sont tout deux assis sur le lit, leurs armes sur les genoux, ils attendent. Les rideaux sont fermés, la porte verrouillée. Ils se tiennent par la main. Ils entendent quelques bruits dans le couloir. Le téléphone de leur chambre sonne. John le décroche. Il écoute, attentivement, ne réponds rien, et raccroche. « Ils disent qu’ils nous encerclent, qu’on a aucune chance si on ne sort pas désarmés et les mains en l’air. » John se lève, Jane le retient par le bras : « on pourrait se rendre ? »
- Non on ne pourrait pas : nous devons payer mon ange.
- Mais tu n’as plus peur ?
- Tout mon corps tremble… mais c’est vraiment terrible ce que nous avons fait…
« Tu as raison… Allons-y alors » lui répond Jane derrière un sourire désespéré. Après un bref silence elle lui appose un baiser doux sur les lèvres comme il aime qu’elle lui fasse. Ils se lèvent, leurs jambes frissonnent, ils ouvrent les rideaux et sortent par la fenêtre, ils étaient au rez-de-chaussée. La nuit est noire, très noire, tout d’un coup des lumières les éblouissent et des mégaphones les somment de poser leurs armes. Jane le fusil à la main le lève vers le ciel, puis tire une décharge vers les policiers qui l’abattent immédiatement, elle s’écroule sur le sol. John en la voyant faillir saute sur son corps comme pour la protéger d’un dernier danger. Ils se regardent pleins de larmes dans les yeux. Après lui avoir caressé le visage délicatement, et lui avoir dit qu’il l’aime il prend son arme et met fin à son amour. En restant accroupi et sourd aux semences de la police, il retourne son arme contre eux et tira une balle avant d’être à son tour abattu. Les deux corps gisent au milieu du désert, seul point illuminé par de grands flashs sous la lourde noirceur du ciel. Ils se tiennent la main, leur sang se mêle et forme une couronne autour d’eux. Le vent commence à souffler et le sable vole au dessus de leur corps, dans ce paysage lunaire, deux amants se perdent.
